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Nom du blog :
ithaque812
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Catégorie :
Blog Journal intime
Date de création :
31.12.2007
Dernière mise à jour :
14.07.2008
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Calme et tranquille

Posté le 08.01.2008 par ithaque812
Le Seigneur d'An Doca se faisait cet éloge.
"Mille ans ont aboli l'antre philosophal,
Les siècles ont fait leur temps, le temps me fut fatal,
Mais la Pierre, toujours, sommeille dans sa loge.

Eau pétrifiée, nadir amoureux de l'abîme,
Etoile dans son antre, invisible fanal,
Dans son désert de frênes et d'eaux, Comberosal,
Toi, qui effranges d'or l'agonie et la ruine !"

Et lui seul, le Seigneur d'An Doca, se souvient.
Comme on fait, revenu, d'un envol de galères,
Comme l'on se rappelle un regard de sa mère
Et, malgré l'abandon, les terres d'où l'on vient...

Mais lui s'avilissait d'un désir qui renonce :
Jaloux de son secret, il mourrait avec lui !
Et comme Elle se sut proche, alors, des Grandes Nuits,
La Pierre murmura Sa présence à la ronce.



--

Maternité

Posté le 07.01.2008 par ithaque812
Comme l'automne était tranquille
C'est alors qu'on se décida,
Et Marion se maria
Déjà enceinte de sa fille.

Il neiga dru cet hiver-là,
A noyer les sarments des vignes.
On prêta serment sur la Bible
Et le curé les pardonna.

Au printemps, mille pâquerettes
Vinrent égayer le versant.
La maison donnait au couchant
Et Marion était inquiète.

Puis l'été vint sceller la ronde
Et, dans un gazouillis d'enfant,
Marion s'endormit, tendrement,
D'un bonheur de femme féconde.

Soupir du Maure...

Posté le 07.01.2008 par ithaque812
Tu le sais, tu fus téméraire...
Tu as perdu le plus beau fleuron.
Regarde-le briller au fond
Comme scintille une rivière !

Regarde ! Descends de cheval !
Toi le Très Haut, le vingt-deuxième,
Toi qui le tenais des mains mêmes
Qui te voulaient le plus de mal,

Regarde vite ! La nuit tombe !
Ce que tu n'as pas su garder,
Que ton oeil en soit jardinier
Jusqu'à l'emporter dans la tombe !

Grenade, l'orange et le miel,
L'ocre du sein, la peau sanguine,
Bombant dans l'écrin des collines
Sous des fragrances de soleil !

Hélas, ta main est froide encore
Des lourdes clés de l'Alhambra,
Et la neige de la Sierra
Engloutit les sanglots du Maure.

Ô Petit Roi, quand viendra l'heure
Où il te faudra quitter la vie,
Que les roses d'Andalousie
Viennent parfumer ta demeure.

Rêve de Calypso

Posté le 06.01.2008 par ithaque812
Ronde des Nymphes ! Corridor
Animé, préféré des Muses !
Que nul n'entre s'il ne s'amuse !
Ceintures d'argent ! Cheveux d'or !

Las, qui s'éloigne de la Noce
L'une d'entre elles ne dit rien,
Ne veut davantage, et retient
L'ombre, en elle, aux froideurs féroces.

Elle, qui fut la plus aimée,
Nombre de ses soeurs la jalousent,
Et des plus anciennes lui cousent
Le diadème des épousées.

Mais l'âme en son coeur est charnelle.
La gagner le fit s'abolir.
Et le bel aujourd'hui chancelle
De vivre en son choix de mourir.

Le tour du monde dans mon grenier

Posté le 06.01.2008 par ithaque812
J'aimais, étant petit, frémissant d'impatience,
Traverser la ruelle ombragée de tilleuls,
Slalomer en courant comme entre autant d'écueils
Entre les lourds bancs verts échoués sur la place.
Je poussai, haletant, la porte en bois verni -
Ding ! ding ! - et, dans l'odeur des tabacs mielleux
J'attendais que parût le maître de ces lieux,
Dont j'ignorais le nom et espérais le "Oui..."
"Comme toujours, à l'heure ! Et toujours aussi sage ?"
Il rassurait ainsi mon angoisse d'enfant :
"Ton Pif est arrivé, bonhomme" et, en tremblant,
Sa vieille main m'ouvrait à un nouveau voyage.
Puis, serrant contre moi l'objet de la gageure
Qui faisait mon délice, je courais au grenier
De la maison, refuge au doux moucharabieh
Dont l'entrelacs léger mouchetait ma lecture.
J'aimais beaucoup Pifou. Placid faisait la cloche.
Près les Ages Farouches où m'entraînait Rahan
Gai-Luron était niais, Hercule un peu méchant,
Et j'aurais tout donné pour connaître Totoche.
Mes frères, à leur réveil, tour à tour s'en venaient
Me ravir aux douceurs de cette solitude.
J'apprenais le partage... Cela m'était bien rude
Et j'entendais souvent : "Où donc est le gadget ?"
Caché, chers frères... Si bien que, des années plus tard,
Un jour que je rangeais ma collection de disques,
Je remettais la main sur les pois du Mexique
Que j'avais prétendu n'avoir jamais trouvés !
Tout cela m'est si loin. Tout cela m'est si proche.
Nous ne nous reverrons peut-être jamais plus.
Ithaque est bien plus loin que je ne l'avais cru.
Et Pif fait, dans mon âme, une nouvelle encoche.

Beaucoup, beaucoup de siècles après...

Posté le 06.01.2008 par ithaque812
"Duc in altum ! Pour Toi Seigneur,
Sous Ton ordre, je prendrai celles
Des terres où Ta Bonne Nouvelle
N'est point parvenue. Voyageur

Sur les Lourdes Eaux pélerines,
Tel le coquin dans son effort
Hacia Santiago el Mayor,
C'est en Ton nom que je chemine.

Mais l'Or aussi ! L'Or ! Je confesse
Que l'Or aussi gonfle mes voiles,
L'Or aussi me tient lieu d'étoile
Sur Votre Océan de promesses.

Je pèche, et Vous en fais l'aveu.
Quel sera mon chas de l'aiguille ?
De Vous conquérir trente filles
Que me servira-t-il, mon Dieu,

Si l'Or qui dès le port miroite
Sous le prétexte de Jésus,
Sitôt me fait perdre de vue
Votre désir d'une âme droite

Et toute à Votre dévotion...
Qui suis-je, ô mon Dieu, pour paraître,
Si l'Or m'est autre raison d'être,
Flanqué de Votre gonfanon ?"

L'amiral des mers océanes,
L'émule de Pierre d'Ailly,
Forçant l'espoir d'un Paradis
Sous la herse des pertuisanes,

Sentait qu'il courait à sa perte...
Lorsque, en une hystérie de foule,
Succéda au fracas des houles
Le criaillement de la mouette.

Aux indulgents...

Posté le 01.01.2008 par ithaque812
Je serai, au gré des humeurs,
Un voyageur anachronique.
Puristes, n'en tenez rigueur
Qu'à l'épaisseur de mon viatique
Car tout me tient lieu de loisir,
Et mes intérêts sont sans nombre.
Choisir m'est supplice ! Et m'obombre
Le désir de tout découvrir !
Mille détours ont mes chemins,
Et chaque détour mille franges.
Je récolte, cueille et j'engrange
Mille fois plus que mes besoins...
Chaque homme m'est concitoyen,
Chaque légende m'interpelle,
Et je ne croise jamais rien
Dont, nectar, je ne sois abeille.
Certains trouveront que cela
Fleure bon son amateurisme.
J'en suis d'accord. Je suis un prisme,
Et les prismes n'éclairent pas.
Je réfracte. Et ne fais rien d'autre.
Nouvel Ulysse sans sapience,
Il ne tient qu'à votre indulgence
Que mon étrave soit la vôtre.

Trois îles qu'Ulysse n'a pas connues

Posté le 01.01.2008 par ithaque812
Loin au nord des Doubles Colonnes
Dont je n'ai point passé le seuil,
Elles sont, faits de tourbe et d'écueils,
Le refuge et l'orgueil des hommes.
Rois Mages issus de l'Occident,
Inishmore veillant ses cadettes,
Elles sont les trois îles d'Aran,
Proue falaise et poupe tempête.
Les murs de pierres sont vivants.
On sait que les chaumières attestent
Un langage qui fit son temps
Et dont les temps ont fait le reste.
Des chemins comme autant d'années,
Des années comme autant de vagues,
Dans des flancs d'écume trois dagues
D'une vraie terre de damnés.
Là-haut, les forts sont du Cyclope
Et plient l'orbe de l'horizon.
Quand reverrai-je mon garçon ?
Quand reverrai-je Pénélope ?

le retour d'Ulysse

Posté le 01.01.2008 par ithaque812
J'ai foulé à nouveau le sable de mon île.
Moi, berger souverain d'un troupeau dispersé,
Après avoir vaincu la vague impétueuse,
Fait rendre gorge au dieu dont la mer ténébreuse
Fut l'instrument pervers d'une ire déclarée,
Je revois mon rivage et sa palme tranquille.
Combien des miens, hélas, gisent au fond des flots ?
Combien fouaillent encore de leur groin de pourceau
Le foin vindicatif d'une fée malheureuse ?
Et mes orteils, enfin, s'impriment sur le sable
Où nous allions jouer quand nous étions enfant,
Où être roi n'était qu'un mot inconsistant,
Où être mes sujets ne leur était que fable...
Moi, le seul rescapé de la guerre lointaine,
Je sais que d'autres rois ne sont pas revenus.
Qui des miens d'autrefois m'ont vraiment attendu ?
Qui leur suis-je aujourd'hui ? Le malheur ou l'aubaine ?
J'ai foulé à nouveau le sable de mon île
Et l'ai fait, doucement, couler entre mes doigts
Plus vieux de vingt années. Qui donc, âme virile,
Reverra dans ma main la poigne de son roi ?

A l'eau !

Posté le 31.12.2007 par ithaque812
Flânons donc. Il faut commencer
Comme on fait quand on se promène :
Un mot devant l'autre et, parguène !,
On finit bien par avancer.
Je suis, je dois bien l'avouer
Un pauvre Ulysse sans couronne,
Sans talent, un aède aphone
Et sans ruse de menuisier.
S'il n'avait été que de moi,
Las, jamais le moindre guerrier
Ne se serait dissimulé
Dans le rustique palefroi.
J'admire Ulysse sans réserve
Mais je ne puis lui ressembler...
J'ai fait mon deuil de l'épopée
Et ne ferai rien qui la serve.
Je vais donc vous parler de rien,
De tout, de choses comme elles viennent,
N'ayant d'autre mer que la mienne
Ni d'autre nef que mon jardin.
A ceux qui, lecteurs au long cours,
Espéraient en des mers violentes,
Dès l'embarquement je présente
Le mot d'excuse le plus court
Et le plus sincère : Pardon.
D'autres navires vous attendent.
Les vagues que mes esquifs fendent
Ne bravent point les aquilons.
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