Posté le 14.07.2008 par ithaque812
Il y a beau temps que les lignes s'emmêlent,
Il y a longtemps que nous nous sommes tus...
Et nul ne sait ce que sont devenus
Les ors, vois-tu, mêlés de nos prunelles.
Un temps si long que la mince félûre
A proclamé le grand effondrement
Et que les regard, s'éloignant,
Ont réouvert la première cassure.
Mon souvenir a la mémoire éparse.
Que voulais-tu, que je ne savais pas ?
J'ai mis dix ans à compter sur mes doigts
Les rêves morts, aux rudesses de farces.
J'ai mis dix ans à me ressouvenir,
Dix ans, vois-tu, que mes lignes s'emmêlent
Et que les ors, hélas, mêlés de nos prunelles,
D'un oubli mensonger ont fini de mourir.
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Posté le 23.06.2008 par ithaque812
Souvent, lorsque le vent me donnait de paraître,
J'oubliais l'horizon qui nous insatisfait,
Je repeignais d'envers les marbres des palais
Et sonnais le tocsin des allées sans fenêtres.
La plaine... En dévidant son évident mensonge
Je n'écoutais plus qu'elle, et m'en faisais féal.
Le soir, au rougeoiment qui nous était fatal,
Je suivais le soleil comme avec une longe.
Quel temps ? Quel lieu ? Pourquoi ? J'envahissais des terres
De la lente marée des âmes et des bois.
Et je ne savais plus si mon corps avait froid
D'une absence d'étoile ou d'un chemin perdu.
Une péniche, au loin, vacilla un peu plus,
Et m'ouvrit dans le coeur une porte d'hiver.
Posté le 23.06.2008 par ithaque812
Il nous suffisait d'être ici. La chatte noire,
Alanguie près du feu, n'a point connu de paix,
Le moine en sa cellule, l'enfant à la tétée,
Pareille à celle que nous donnaient nos histoires.
Nous commencions toujours par les deux mêmes mots
Puis, l'un l'autre mon coeur, nous nous faisions confiance.
Tu me disais parfois : "Dis-moi ce que je pense"
Et, sachant ta pensée, je la disais tout haut.
Tu te laissais porter, sérieuse, en tes silences,
Par la lasse langueur de nos complicités.
La bouche qui chuchote et l'oreille aux aguets,
L'oreille très petite et les lèvres qui dansent...
Je concluais toujours sur une note étrange.
Tu aimais, toi l'enfant, enfanter à ton tour
Et, quand nous déjeunions, tu me disais toujours :
"Papa, c'était joli, mais ta fin me dérange".
Alors, Shéhérazade à deux voix, l'un pour l'autre,
Nous reprenions le soir, à l'orée de ton lit,
Par les deux mêmes mots l'histoire si jolie
Que toi seule, aujourdhui, mon ange, tu racontes...
Posté le 07.06.2008 par ithaque812
J'aimais l'ombre incertaine au dessus des rivages,
Le mol basculement des soirs vers le matin.
J'aimais, en amoureux soupçonneux des visages,
L'intangibilité des nuages lointains.
J'aimais, dans la musique ébranlable des cloches,
Raviver la mémoire obscure des échos.
J'aimais, en amoureux insuspect des débauches,
Noyer, en un seul corps, la mer et les ruisseaux.
J'aimais l'ambiguïté à l'odeur de salpêtre.
J'aimais, dans le passage, à peine me saisir.
Plus que des "parce que" amoureux des "peut-être",
Comme on met du vieux pain au bord de sa fenêtre,
J'aimais, en un seul mot, l'espoir des devenirs.
J'aimais. Je n'aime plus. Je suis guéri de l'être.
Posté le 21.04.2008 par ithaque812
Un chrysanthème de papier
S'est égaré dans mon jeune âge.
Je sais l'heure de son voyage,
Mais ne sais pour quelle arrivée.
J'ai mis la fleur sur mon visage
Avant que l'oiseau n'aie paru.
Je sais l'heure de sa venue,
Mais j'ignore de quel rivage.
On viendra de sillons divers,
Quand les temps m'auront fait de glace.
Il m'est temps de quitter la place...
Mais quel printemps pour mon hiver ?
Posté le 21.04.2008 par ithaque812
Sais-tu qui nous sommes ? Oh, observe,
Goulûment, ce que nous savons !
Il n'est rien que nous ne soyons
Pour qui dort en son âme serve...
Le paladin, le chevalier,
N'ont point de rides en leur visage,
Mais qui voudra demeurer sage
Aura mine parcheminée !
Vois donc ! Le fruit est-il mature ?
Que lui convient-il, à ton goût ?
Mords-y hardiment ! Et dis-nous
S'il est digne de ta nature !
Le soleil a peine, vois-tu,
A freiner cette heure totale.
Tu as mordu ! Ores, détale !
Car tu connais que tu es nu !
Posté le 21.04.2008 par ithaque812
Sous les deux lignes parallèles
Que parcourt un même sillon,
Il lève un germe de saison
Puis, subrepticement, cisèle.
Eléphants, santons, musaraignes,
Fascines et vignes émondées,
Duels et trilles quadrillés
Où l'ombre de l'oiseau se baigne !...
Comme la vie lui semble pleine
Des objets de sa volonté,
De sa hotte lui sont ôtées
Ses nouveautés les plus anciennes,
Et sous la ligne que cisèle,
Pointe de plume de pigeon,
Il relève, en leur horizon,
La note aiguë des chanterelles.
Posté le 08.03.2008 par ithaque812
Rhapsode, retiens bien mon chant !
Coule en l'oreille de l'aède
Lors ton art au sien se mêlant
La vie, vois-tu, que je lui cède.
La vie que tu vivras par moi,
Toi qui sans vie les ensorcèles,
Que ta voix lui donne les ailes
Que, sans elle, elle n'aurait pas...
Rhapsode, retiens bien mon chant !
Dessus les flots qui me combattent
Je m'évertue, rage, et me hâte
A t'en donner pour ton argent !
Vois donc, mais vois combien je peine !
Vois comme le Cyclope infâme
A tramé le fil de mon âme
Aux chaînes viles des Sirènes !
Vois la Fée, vois la Magicienne !
Entends les cris des Lestrygons !
Rhapsode, retiens bien mon nom,
Sinon quelle vie que la mienne...
Ton oubli, qu'en aurait-il fait
Qu'une outre absurde emplie de vent,
Un inutile acharnement,
Un fétu, long de dix années ?
Il se peut, rhapsode, entends-moi,
Il se peut que bientôt je meure...
Sans avoir revu ma demeure
Ni pris ma femme entre mes bras.
Toi seul, au dernier coup des Parques,
Sauras faire de ma vigueur
Le sang qui gonflera leur coeur
A l'heure où il faudra combattre.
Que ma vaillance soit intacte,
Sûre de survivre au vaillant !
Et que, par toi, dans tous les temps
On célèbre le roi d'Ithaque !
Posté le 08.03.2008 par ithaque812
Drue, la pierre exfolie son âme sans mystère.
La mémoire a fiché l'échelle de Jacob
En creux brochés de mousse, et la brume l'enrobe,
Visible et ambiguë, en rives éphémères.
Labile, l'horizon labié de la rivière
Engendre incontinent ses rêves ancestraux,
Et le trône, apposé au-dessus de ses eaux,
Espère en l'étendue vaincue de la lisière.
Un songe de grésil gerce toute la terre.
Le mur tendu d'arceaux et fougères a cédé.
Les secrets ne sont plus ce que sont les secrets
Et les berceaux mouvants sont des berceaux de pierre.
On n'entre pas ici sans que le coeur ne s'ouvre,
On donne à son mensonge un parfum d'éventé,
On baise en chuchotant la chaste humilité,
Et le ciel est si bas qu'il faut qu'on se découvre.
Symphonie des lichens ! Pavane des buissons
Où la marche s'imbibe et le regard s'embue !
Toccata immobile à l'adresse des nues
Dans le dévoilement féerique des cressons !
L'entrée dans l'au-delà est l'en-deça du croire.
Des lames de la pierre on a bâti des ponts.
Rares ceux qui l'ont su. Nombreux ceux qui sauront...
Et les méandres, au loin, font promesses de moire.
Posté le 27.02.2008 par ithaque812
Je louvoie, sans une tempête,
Sans une grêle d'artimon,
Entre une tristesse sans nom
Et une espérance prophète.
Cassandre, ô !, qu'es-tu devenue ?
Qui dénonças, pour tant de reîtres,
La perversité des peut-être
Et ne fus jamais entendue...
Sous sa tente l'Incomparable,
Perclus de rage, se taisait,
Et nous tous nous restions muets
Du silence amer des coupables.
Il est mort... Temps, que tes victoires
Sont amères au coeur des vivants !
Combien me faudra-t-il de temps
Pour voir la falaise d'ivoire ?