Publié le 05/02/2009 à 12:00 par ithaque812
Sous le dais rouge et d’or dort le Prince de l’Ombre.
La double, en majesté, cimaise des porphyres
Déploie languissamment deux reflets où se mire,
Amarante, une étoile en espoir de pénombre.
Les valets, gestes vifs et le pas subreptice,
Se hâtent, lentement, sous les rayons du jour.
Les ormeaux, paresseux, projettent tour à tour
Leur horloge de bois dans l’ornière des lices.
Le sable est blanc, le sable est pur. Il plane, tendre,
Un regard façonné par d’antiques courroux.
Que le gravier soit fin, que le chemin soit doux
Importe à l’invisible alchimie des méandres.
Sous le cil immobile, embaumé d’origan,
L’œil absent, vénéré, rétif à l’apparence,
Repasse en sa mémoire, aux lithiques patiences,
Les pas des pèlerins réfléchis et craquants.
Le soleil a fendu les lions de porcelaine.
Un moine, à doigts comptés, égrène la décime.
La houle et la fureur sont des bruits maritimes
Et la paix règne, ici, d’une lourdeur terrienne.
Il fait chaud. Sens-tu point les infinités proches ?
Docile, et ramassant deux sandales perdues,
Un sans-âge a repris le chemin rebattu
Et frôle, à petits pas, l’éternité des roches.
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Publié le 05/02/2009 à 12:00 par ithaque812
L’ancolie s’ourlait, sous la lune,
En connivence de camée.
Le sable, anguleux, soulignait
La douce ondulation des dunes.
Les rives étaient en étincelles
Aussi vrai que tombait le soir.
Le vent jouait aux encensoirs
Pour l’inclination des javelles.
Sous un double épi d’asphodèles
Mes yeux furetaient, au hasard…
Je m’aperçus qu’il était tard
Quand mon cœur me reparla d’elle.
D’elle. Et son épaule fouettée
Par les embruns d’autres rivages.
Par crainte qu’elle me mît en cage
Je m’étais moi-même enfermé.
L’Océan déployait, selon
Un dégradé d’ombres chuintantes,
Ses cohortes d’eaux vacillantes
En espérance d’horizon,
Et j’étais seul, étant moi-même,
Et seul en absence de toi…
Ne sachant plus, ne sachant pas
Que l’oubli est l’erreur suprême.
Publié le 08/01/2009 à 12:00 par ithaque812
J’avais fait mille lieues, jusqu’où les voies s’abouchent.
J’avais circonvenu les meilleurs flibustiers.
Je voulais, dans l’amère aubaine des voiliers,
M’enrager dans les vagues en vagues d’escarmouches.
Ô, la rigueur d’aimer ! Entre toutes faiblesses,
En l’orbe cardinal des absences d’espoirs,
Naviguer, naviguer au fond du pot au noir,
Pour que demeure à quai cette ancienne détresse !
Laissée, abandonnée… Lasse, comme un chiffon.
J’ai parcouru les mers en attente d’une autre,
Voguant au gré du vent, servilité d’épeautre,
Et chassé, tant de nuits, l’absence du griffon !
Je ne reviendrai pas où mon cœur s’est fait rare.
Les bateaux, les jetées courant aux blanches dunes,
Mon désespoir hissé dans l’écorce des hunes
Ont eu raison de l’astre ému de ma mémoire.
Seul désormais, errant, par crainte d’être ému,
Livré à plus de mal que sur la terre ferme,
J’attends que le Grand Livre, en Ses mains, se referme,
Ne murmurant jamais qu’en des mots disparus.
Et si, comme en son temps Benjamin de Tudèle,
Je ne cesse jamais d’aller et de venir,
Je prie le Ciel, les Saints, et les douze Martyrs,
De mourir sans jamais qu’on me reparle d’Elle.
Publié le 26/12/2008 à 12:00 par ithaque812
J'attendais, chaque jour, que vienne une réponse.
Chaque jour j'observais, du haut de mon jardin,
Le mouvement du port, et le lourd va-et-vient
Des ferries. J'écumais les moindres des annonces
Du moindre des journaux, dans l'espoir insensé
Qu'on m'aurait enlevée par ce biais romantique,
Et les pigeons m'étaient pourvoyeurs de viatique,
Et mieux que le facteur je savais sa tournée.
Certains soirs, j'inventais une course incongrue.
Mon père était ma dupe, ou la jouait fort bien.
Je gravissais le tertre assister, coeur étreint,
Au départ des derniers voyageurs inconnus.
Je me faisais des films aux vagues scénarios.
J'aurais vendu mon âme aux Lares dramatiques !
Dans l'ombre ! Trois fois rien ! Deux mots ! Une réplique !
Pour peu qu'enfin m'envoûte un naufrage de mots.
J'attendais, chaque jour, que vienne une missive.
Mais mes messages, hélas, n'étaient pas envoyés.
Ma première blessure avait mis les scellés
A la porte du coeur par où le coeur arrive.
Je sombrais, doucement, dans des torpeurs d'hiver.
Je sus que l'attendue n'arriverait jamais,
Que je n'avais rien fait pour qu'elle puisse arriver,
N'ayant jamais jeté de bouteille à la mer.
Alors, comme à la fin il advient qu'on renonce
Pour n'avoir pas bien su terminer ses folies,
Je fermai, un beau soir, les vannes de ma vie.
J'ai trente ans, un mari, deux enfants... Sans réponse.
Publié le 15/10/2008 à 12:00 par ithaque812
Il s'est pendu, l'azur, au barreau des fenêtres,
Perdu le firmament d'un mensonge de trop.
Il passait, cependant, allant son petit trot,
Un landau démodé qui charriait du bien-être,
Un landau démodé mouvant sous son fardeau.
Il allait, réfléchi, aux grises plages d'herbes
Où les soleils s'achèvent en de nouveaux brisants.
Il s'est pendu, l'azur, perdu le firmament,
D'un mensonge de trop aux fenêtres acerbes,
Et le landau ployait sous son fardeau superbe...
Il courait, ravissant, emportant son cortège
D'invisibles marauds à la fausse ferveur.
Il rêvait, silencieux, le firmament vainqueur,
Le mensonge éventé, la fenêtre sans piège,
La plage s'incurvant en des rives de fleurs...
Il gagna, tout à coup, la marée sans scrupule.
L'azur se mit à bruire en un essaim furieux,
Le firmament sans fin brilla de mille feux
Quand le landau, aveugle aux houles ridicules,
Le landau s'abîma dans le plus grand sérieux.
Il ouvrit dans la mer, étrave languissante,
Un mol sillage d'algues à l'odeur emmêlée.
Il ne souvint plus du temps de mes regrets,
Délivra le bien-être à ma vague mouvante
Et mourut, comme on meurt d'une vie finissante,
Et meurent, chaque soir, les firmaments bleutés.
Publié le 08/10/2008 à 12:00 par ithaque812
L'orée ! Qu'elle vienne et se déguise
Des oripeaux de mes ailleurs !
Fétus de paille, accroche-coeurs,
Ballet des tendres insoumises,
Dans les prés, en robe des champs,
J'allais plus vite que la bise,
Et je troquais mes larmes en guise
De rosée, à l'orge pendant.
J'allais seule, espérant une autre,
Projetant mon ombre en faisceaux,
M'enivrant de mes propres mots
Au halo piquant des épeautres.
L'orée ! Grisée des encolures
Dont je ne savais point le bât,
J'adoubai chacun de mes pas
D'un faux claquement de voilure.
Marées, ressacs et caravelles,
Flux, reflux, le beau mascaret...
Tout m'était mer, et je n'étais
Qu'alcyon, privé de ses ailes.
J'allais sans cesse, et revenais
Plus molle de mille partances,
Et peinée de plus d'espérances
Que mon absence n'en portait.
On disait : “Tu es bien tardive.”
On ignorait mon horizon.
Je suivais, au loin, les ajoncs
Ondoyant l'envie d'autres rives.
Ô l'orée ! La trame splendide !
L'éternel en son liseré !
Un jour, le soleil m'a comblé
Des promesses infinies du vide.
Publié le 29/08/2008 à 12:00 par ithaque812
De ci, de là, pareil
A l'âme enflée d'étoupe,
L'oeil rivé sur la loupe
Au mensonger sommeil,
J'ai vu la haute mer
Et l'inconstant rivage,
Et la ruine de l'âge
En des coffres de fer.
J'ai vu l'oiseau curieux
De mes curieux paraître,
Caravelle aux fenêtres
Et prunelles de feu,
Et puis, au bout des monts
Que le ciel exaspère,
L'éternelle prière
Et l'éternel affront.
Publié le 14/07/2008 à 12:00 par ithaque812
Il y a beau temps que les lignes s'emmêlent,
Il y a longtemps que nous nous sommes tus...
Et nul ne sait ce que sont devenus
Les ors, vois-tu, mêlés de nos prunelles.
Un temps si long que la mince félûre
A proclamé le grand effondrement
Et que les regard, s'éloignant,
Ont réouvert la première cassure.
Mon souvenir a la mémoire éparse.
Que voulais-tu, que je ne savais pas ?
J'ai mis dix ans à compter sur mes doigts
Les rêves morts, aux rudesses de farces.
J'ai mis dix ans à me ressouvenir,
Dix ans, vois-tu, que mes lignes s'emmêlent
Et que les ors, hélas, mêlés de nos prunelles,
D'un oubli mensonger ont fini de mourir.
Publié le 23/06/2008 à 12:00 par ithaque812
Souvent, lorsque le vent me donnait de paraître,
J'oubliais l'horizon qui nous insatisfait,
Je repeignais d'envers les marbres des palais
Et sonnais le tocsin des allées sans fenêtres.
La plaine... En dévidant son évident mensonge
Je n'écoutais plus qu'elle, et m'en faisais féal.
Le soir, au rougeoiment qui nous était fatal,
Je suivais le soleil comme avec une longe.
Quel temps ? Quel lieu ? Pourquoi ? J'envahissais des terres
De la lente marée des âmes et des bois.
Et je ne savais plus si mon corps avait froid
D'une absence d'étoile ou d'un chemin perdu.
Une péniche, au loin, vacilla un peu plus,
Et m'ouvrit dans le coeur une porte d'hiver.
Publié le 23/06/2008 à 12:00 par ithaque812
Il nous suffisait d'être ici. La chatte noire,
Alanguie près du feu, n'a point connu de paix,
Le moine en sa cellule, l'enfant à la tétée,
Pareille à celle que nous donnaient nos histoires.
Nous commencions toujours par les deux mêmes mots
Puis, l'un l'autre mon coeur, nous nous faisions confiance.
Tu me disais parfois : "Dis-moi ce que je pense"
Et, sachant ta pensée, je la disais tout haut.
Tu te laissais porter, sérieuse, en tes silences,
Par la lasse langueur de nos complicités.
La bouche qui chuchote et l'oreille aux aguets,
L'oreille très petite et les lèvres qui dansent...
Je concluais toujours sur une note étrange.
Tu aimais, toi l'enfant, enfanter à ton tour
Et, quand nous déjeunions, tu me disais toujours :
"Papa, c'était joli, mais ta fin me dérange".
Alors, Shéhérazade à deux voix, l'un pour l'autre,
Nous reprenions le soir, à l'orée de ton lit,
Par les deux mêmes mots l'histoire si jolie
Que toi seule, aujourdhui, mon ange, tu racontes...